BARAKA

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Sidi Amara

Sidi Amara

Soutien aux paysans en lutte de la région de Sidi Amara

 



 

Sidi Amara se situe dans la province de Taroudant, « la plus artisanale », située au nord de la région, à l’est du grand Agadir, elle représente  16 500 km2, et 757 000 habitants (46 hab/ km2, 7  communes urbaines, 82 rurales).

Le village compte environ 600 familles de paysans. Le travail de la terre devenant de plus en plus difficile, il est désormais courant de ne trouver dans les familles plus qu’une seule personne s’occupant des terres familiales, les autres travaillant  dans d’autres domaines.
Le Douar tient son nom d’un Saint homme dont le tombeau surplombe le village
 
Contexte de la région et lutte des paysans

La région Sous-Massa-Drâa connaît de fortes sécheresses depuis plusieurs années, qui menacent l’agriculture et les petits paysans, nombreux dans cette région
A cause du  réchauffement climatique la pluie se fait de plus en plus rare, mais le problème vient surtout des politiques de gestion des ressources et d’une volonté toujours croissante de favoriser les grandes exploitations, et l’agriculture intensive dont les récoltes seront exportées en Europe!. La région du Souss est très riche en ressources hydriques et forestières.
La culture traditionnelle de l'arganier constituait une importante source de devises pour les paysans de la région tout en préservant le niveau de la nappe phréatique de cette zone semi-saharienne exposée aux aléas d’une pluviométrie hasardeuse.
 
Mais sous Hassan II, la décision a été prise de faire de la région du Souss Massa Drâa, un des centres agricoles les plus dynamiques au monde, en commençant par gagner une place dans le trio de tête du marché européen en se focalisant sur les cultures porteuses (agrumes et maraîchage) et la diversification des activités vers le secondaire (industrie agroalimentaire) et le tertiaire (agrotech).
 
Les grands propriétaires ont été autorisés à accaparer les terres collectives des paysans pauvres après avoir arraché les arganiers, donnant le coup d’envoi à un capitalisme foncier et une agriculture intensive tournée entièrement vers l’Europe.
 
Dans la région d'Oueled Teima plus de 50 % des domaines sont aux mains de la nomenklatura (domaines royaux, de ministres, de députés, de compradores, d’officiers supérieurs de l’armée, et de leurs femmes et enfants). Ces  grandes entreprises agricoles utilisent et gaspillent davantage d’eau que l’agriculture traditionnelle : les agrumes consomment 25 fois plus d’eau  que l'arganier !
Aujourd’hui, les agrumes occupent 12 000 hectares dans la région Ouled Behgil-Aoulouz seulement depuis l'an 2000.
 
Le système d’irrigation par pompage d’une agriculture des agrumes basée sur l’exportation vers l’Europe depuis les années quarante du vingtième siècle et l’accélération de ce système vers un sur-pompage pendant les années soixante, provoquent les déséquilibres important au niveau des ressources naturelles de la vallée.
 
De plus, en 1980 et 1990, pour faciliter encore davantage l’irrigation des terres des grandes entreprises agricoles, 2 grands barrages Aoulouz et Mokhtar Soussi, furent construits dans la régions (mais ce ne sont pas les seuls, il en existent de nombreux plus petits)
 
Ces barrages retiennent de grandes quantités d’eau, déviées vers les grosses exploitations, au détriment des rivières qui irriguaient la région et les terres des paysans. Elles se tarissent peu à peu, et certaines ne sont aujourd’hui que de vagues souvenirs…
L’irrigation intensive par pompage, et les barrages font que au delà des rivières, se sont aussi les nappes phréatiques qui s’épuisent peu à peu.
 
Le niveau de l'eau atteint plus de 200 mètres de profondeur, ce qui rend difficile l’accès à la nappe pour les paysans, notamment pour creuser des puits (cout élevés et moyen techniques importants).
Cette situation empêche les paysans d’irriguer leurs terres selon leur méthode ancestrale peu coûteuse, mais a aussi de graves répercussions dans la village ou l’eau n’arrive plus.
 
Ce système a entrainé l’expropriation des terres des paysans, avec des compensations moins que symboliques : imaginez une indemnisation de 80 euros pour un olivier vieux d'un siècle qui peut donner en moyenne 60 litres d'huile par an dont la valeur marchande est de 5 euros le litre...
 
Et au delà de la valeur marchande, que pouvons nous dire du viol commis envers notre terre mère, et de l’offense faites envers les hommes et les femmes qui l’habite….
 
De jour en jour les paysans perdent la terre, l’eau, l’arganier, et leur culture Amazight va vers une marginalisation absolue.
De nombreux douars qui ont perdus, soit des terres soit des maisons, à l’occasion de la construction des barrages ne sont toujours pas reliés au réseau électrique ni à la distribution d’eau potable.
C’est simple, petit à petit les paysans ne peuvent plus travailler leur terre, donc ils sont forcés de vendre aux grands propriétaires agricole, ou aux riches occidentaux qui se construisent non plus des villas mais des châteaux, tout confort et bien desservie en eau (puisqu’ils ont les moyens de croiser très profond), au milieu des Douars dont les populations n’en n’ont plus !
 
Pour vivre, les paysans vont travailler sur les grandes exploitations agricoles, « exploitation » au sens 1er du terme puisque les conditions de travail sur ces domaines  sont loin d’être idéale !  
Sur son site, le militant Amal Lahoucine rapporte qu’il y a dans la province de Taroudant, d'après le délégué de l'inspection du travail, plus de 750 domaines d’une superficie variant de 10 à 500 hectares, qui emploient de 15 à 17 000 ouvriers agricoles selon les saisons.

Tous ces ouvriers agricoles sont des paysans qui ont été contraints de vendre leurs terres suite à la construction des barrages.

Il y a 13 stations d’emballage (l’essentiel de la production est exporté) employant entre 3500 et 4000 ouvrières et ouvriers. 90 % sont des femmes qui travaillent dans des conditions d’exploitation proches de l’esclavage (journées de 10 à 12 heures, salaire de 4 euros par jour, pas de carte de travail, pas d’inscription dans la CNSS, pas d’indemnités familiales, pas d'indemnisations de congés ou de jours fériés, pas de mutuelle).

Les paysans et leur famille se retrouvent donc sans terre, avec des emplois précaires et sans aucune autonomie alimentaire.
 
«Ils ont détruit notre milieu naturel – L’agriculture est notre seul métier, notre identité » Aakik Driss, secrétaire général du Syndicat des paysans d’Aoulouz
  « Je suis prêt à militer jusqu'à la mort pour les biens publics »  Entretien avec le paysan militant Hassan Id Abdallah
 
Comme nous pouvons le voir aux quatre coins du globe, la terre est malmené, les hommes dépossédé, au profit des « financiers » et des « dirigeants », au profit d’un système destructeur…
Pour défendre leurs droits aux biens publics que sont l’eau, la terre et l’électricité, les paysans d’Ouzioua, dans la province de Taroudant, ont lancé une  marche rouge le 7 mai 2006.


Comme à son habitude, le régime marocain à poursuivie les militants de la société civile d'Ouzioua devant le tribunal de première instance à Taroudant.
  

L'association SIDI AMARA, est une jeune association,  crée en Fevrier 2006.
L'association travaille à la construction et l'aménagement de la "maison de la jeunesse",
 
Cette « maison de la jeunesse », est le déclenchement et l’enracinement d’une envie de sauvegarder les espaces ruraux et l’agriculture locale, de lutter pour le droit vitaux que sont l’eau et la terre et d’entamé une « révolution des consciences ».
 
Ce lieux transdisciplinaire permettra de nombreux échanges, initiatives et rencontres :
    - La mise en place de formation notamment autour de l’agroécologie et de la valorisation du travail des paysans (avec l’association terre et humanisme par ex)
    - La mise en place de cours dans divers domaines, gratuit et ouvert à tous, jeunes et moins jeunes, et mise en avant du « savoir » au sens large, comme les traditions orales locales, et mise en avant d’initiatives concrètes porteuses d’espoir.
    - Diffusion et projection de film engagé sur divers sujets
    - Echanges culturel et soutien à la lutte des paysans de la région….etc…
Ce projet porté par l’Association marocaine Sidi Amara, nous paraît vital, et il couvre de nombreux champs qui nous touche particulièrement et que nous mettons déjà en pratique ici, en France :
    - La valorisation et la mise en place d’alternative agricole (agro écologie, biodynami etc)  respectueuse de l’homme et de la terre mère et visant l’autosuffisance alimentaire et l’autonomie
     - La lutte légitime des peuples pour le droit à la terre et à l’eau 
    - L’alliance de l’action et de la réflexion, ou la mise en place d’alternatives est accompagnée d’une prise de conscience tout aussi importante, d’une déconstruction des mécanismes de pensée néfastes perpétués depuis trop longtemps !
    - La sauvegarde et la réhabilitation des cultures locales, qui n’est pas un appel au repli identitaire mais à la mise en lumières de nos richesses culturelles,  spirituelles ou autres. Un appel au ré enchantement du monde….
  
 
D’où que nous soyons, se réapproprier nos richesses et nos traditions locales (dans tous les domaines), tout en les reliant à l’universel et donc au global, réconcilier l’homme et la nature, lier le bien être social et celui de notre terre mère… tout cela  peut ensemencer nos avenirs et porter les fruits d’un dialogue  plus juste et riche d’expériences.
C’est pour toutes ces raisons que nous soutenons le projet de nos amis, qui remet  l’homme et la nature au centre.